Contexte général
Mes recherches sont essentiellement dans le domaine de la Dynamique des fluides théorique, un mélange d'analyse mathématique et de dynamique non linéaire, avec la contrainte d'avoir à traiter les équations de la mécanique des fluides - Navier-Stokes (fluides visqueux) ou Euler (fluides parfaits). Ceci explique notamment pourquoi j'ai été "invited speaker" au Congrès mondial des mathématiciens ICM à Berlin en 1998 (voir [C31]), bien que Président du Comité National Français de Mécanique de 1997 à 2004 (s'occupe de la représentation française au Congrès mondial des mécaniciens ICTAM). J'ai créé en 1980 avec U.Frisch (Nice) un DEA "Turbulence et Systèmes Dynamiques" que j'ai dirigé 15 ans, et qui a permis d'attirer de bons étudiants, finissant par constituer une bonne équipe travaillant dans ces domaines. Une conséquence a été la création en 1991 avec mon Collègue physicien Pierre Coullet (célèbre pour sa découverte avec C.Tresser de la renormalisation dans le doublement de période), de l'Institut non linéaire de Nice (INLN), laboratoire pluridisciplinaire mélangeant mathématiciens, mécaniciens et physiciens y compris expérimentateurs. J'ai dirigé l'INLN de 1991 à 1994. La récente évolution de ce laboratoire vers l'Optique (y compris lourde au niveau expérimental), suivant le voeux du CNRS (en opposition avec l'idée de départ présidant à la création de l'INLN), a entraîné le départ (ou le retour) des mathématiciens, des mécaniciens des fluides et de la plupart des physiciens des systèmes dynamiques vers le Laboratoire J.A.Dieudonné (labo de Maths). Ce laboratoire est maintenant devenu de facto pluridisciplinaire à l'image (toutes proportions gardées) du fameux DAMTP. J'y fais mes recherches depuis janvier 2007 en tant que Professeur IUF émérite. J'ai obtenu en 2008 le Prix Ampère de l'Académie des Sciences pour l'ensemble de mes travaux.
Pour résumer mon activité de recherche, disons que j'essaie d'appliquer mes outils favoris pour expliquer certains phénomènes physiques au niveau fondamental, souvent à l'aide de discussions avec des expérimentateurs. Je suis aussi intéressé à résoudre des problèmes classiques, longtemps délaissés car jugés trop difficiles, sur lesquels ces méthodes s'avèrent efficaces (voir la section sur le problème de Couette-Taylor, et le chapitre sur les vagues).
Dynamique et Bifurcations dans les systèmes de type Navier-Stokes
Ces travaux considèrent les
équations de Navier-Stokes comme une équation
différentielle dans un espace de Hilbert, afin d'utiliser les
techniques d'équations différentielles ordinaires en
cherchant des solutions continues du temps, à valeurs dans le
domaine de l'opérateur non linéaire qui est un espace de champs
de vecteurs de dimension infinie. L'article [6] (1971) est axé
sur l'analyse fonctionnelle, tandis que [11] (1972) donne une
des premières démonstrations du fait que la
théorie de la bifurcation de Hopf s'applique aux
équations de Navier-Stokes (fait en même temps et
indépendamment de D.Sattinger (Minnesota), et V.Yudovich
(Rostov). Dans [18] (1978, il y a plus de 30 ans déjà)
nous donnons le premier exemple concret de bifurcation de Hopf dans
Navier-Stokes, cet exemple s'avérant maintenant d'un grand
intérêt pour certains météo-dynamiciens.
L'article [14] (1977) donne notamment une démonstration simple
(la 1ère dém. étant due à Kato et Fujita)
de l'analyticité en temps de la solution du problème de
Cauchy pour les équations de Navier-Stokes (quelques
années avant une autre démonstration par Foias et
Témam). Ceci était utile pour construire l'application de
Poincaré au voisinage d'une solution périodique, afin
d'employer la réduction à une variété
centrale pour difféomorphismes, et arriver à montrer
l'existence de bifurcations notamment vers des solutions
quasi-périodiques (voir les livres [M1] et [M2] (niveau
undergraduate)). Noter que le livre [M2] sur la théorie
élémentaire des bifurcations
avec D.D.Joseph (1980), de niveau undergraduate, avec
exercices (au moins pour les 8 premiers chapitres), a eu un certain
succès (traduit en russe et en chinois, plusieurs tirages et
nouvelle
édition en 1990).
Bifurcations vers des tores invariants pour les mappings
[20, 21, 33] Le but était de comprendre notamment
certains résultats expérimentaux sur la convection de
Bénard-Rayleigh en petite boîte, où plusieurs
fréquences apparaissent après une succession de
bifurcations. Dans les deux premiers articles [20] (90p.), [21] (1979) avec A.
Chenciner (Paris), nous donnons des conditions suffisantes sur une
famille de mappings ayant un tore invariant, afin d'obtenir une bifurcation vers un tore de dimension plus grande.
Ces conditions portent sur l'opérateur linéarisé,
incluant des conditions diophantiennes sur le nombre de rotation et sur
les valeurs propres, semblant très restrictives à cette
époque. Cependant, quelques années plus tard, nous avons
montré, avec J.Los [33] (1988) (maintenant à Marseille)
que ces bifurcations peuvent apparaître quasi-génériquement,
au sens qu'un paramètre additionnel donne une description de
telles bifurcations sur un ensemble de Cantor de l'espace des
paramètres.
Bifurcation vers des patterns quasi-périodiques [82]
(2009) Avec A.Rucklidge (Leeds), nous étudions les
patterns spatialement quasi-périodiques, comme dans
l'expérience de Faraday (où on secoue
périodiquement une couche de fluide horizontale), et dans la
convection de
Bénard-Rayleigh. On utilise des estimations Gevrey pour prouver
l'existence de solutions quasi-périodiques de l'équation
aux dérivées partielles modèle de Swift-Hohenberg (dans le plan), à un reste exponentiellement petit près.
Dans [C35] (2009) je montre que ce résultat s'étend au
problème de convection stationnaire de Bénard-Rayleigh.
Le problème de Couette-Taylor [27,
28, 38, 42, 44], Livre: [M3]
Ces
articles et le livre [M3] (1994) écrit avec P.Chossat,
étudient le problème de Couette-Taylor (problème
vieux de plus d'un siècle) des instabilités d'un fluide
visqueux compris entre deux cylindres co-axiaux en rotations uniformes.
Ma petite équipe et moi-même avons travaillé
environ 10 ans, théoriquement et numériquement, sur ce
sujet, en concertation
avec des équipes expérimentales
américaines (H.Swinney, R.Tagg,
D.Andereck) permettant des découvertes, des comparaisons et des confirmations, y compris quantitatives
. Nous avons pu prédire (1985) par exemple la structure en
"rubans" qu'on peut obtenir lorsque l'écoulement de Couette perd sa
stabilité alors que les cylindres tournent en sens contraires.
Cet écoulement a été observé plus tard par
R.Tagg (Colorado) et correspond à des ondes stationnaires dans
la direction axiale, et rotatives dans la direction azimuthale. Nous
avons en fait utilisé de façon systématique la
réduction à une variété centrale et les
symétries brisées par les modes critiques, afin d'aboutir
(en les justifiant) à des équations d'amplitudes faciles
à étudier. De plus, [27] (1986) donne une preuve simple d'une
telle réduction au voisinage d'une orbite de groupe non triviale
(cercle, tore,...), et permet d'expliquer simplement la grande
variété des écoulements physiquement
observés, qui bifurquent quand les rouleaux de Taylor perdent leur
stabilité. Dans [28] (1987) nous étudions la
compétition entre deux types de modes critiques oscillants,
qui se réduit à l'étude d'un système différentiel de
dimension 8 (variété centrale), et permet d'interpréter quelques résultats
expérimentaux de l'équipe d'Andereck (Ohio) et R.Tagg
(Colorado), comme le régime en "spirales
interpénétrantes". Dans [38] (1989) et [44] (1991) avec A.Mielke
(Stuttgart), nous étudions les solutions stationnaires ou périodiques du temps, en ne
faisant plus l'hypothèse de périodicité axiale.
Ici la coordonnée axiale joue le rôle du temps dans un système qui est alors réversible. Ceci donne de nouvelles solutions des équations de
Navier-Stokes, comme des solutions axialement quasi-périodiques
([42] avec J.Los, 1990), des solutions ressemblant à
l'écoulement de Couette au centre, et aux rouleaux de Taylor aux
extrémités, et nous montrons aussi l'existence d'une solution
de type "défaut" connectant deux écoulements en ondes
hélicoïdales symétriques. Cet écoulement est
souvent observé en premier pour une certaine plage des
paramètres où les cylindres tournent en sens inverses.
Le livre [M3] constitue la réponse à
la plupart des questions posées par R.Feynman sur le
problème de Couette-taylor ("one of the most challenging problems in fluid mechanics") à la fin du second volume sur l'électromagnétisme, de son fameux cours de physique.
Formes Normales générales et applications
La section sur le problème de Couette Taylor utilise déjà la réduction à une forme normale pour arriver à des équations aux amplitudes (variété centrale) faciles à étudier, grâce aux symétries du système. Cette réduction est également utilisée en théorie des vagues (voir le chapitre suivant) dans le cadre des systèmes réversibles. Cette section concerne les résultats généraux et d'autres applications que celles citées ci-dessus.
Les formes normales et les systèmes réversibles , [29, 31, 40], [69], [74], Livres: [M4], [M5]
La recherche de "formes normales pour
simplifier l'étude locale de champs de vecteurs au voisinage
d'une situation singulière, est un sujet qui remonte à
Poincaré, Birkhoff et, plus récemment, V.Arnold.
L'article [29] (1987) qui est mon article le plus cité,
résulte d'une collaboration notamment avec des physiciens chiliens, et permet une caractérisation simple des formes normales,
utilisant seulement des outils analytiques élémentaires
(évitant la géométrie algébrique). Une
partie de notre résultat est en fait inclus dans un article
antérieur (peu lisible) de Belitskii. Notre résultat
est maintenant classique est fait partie de logiciels de calculs
(livre de S.N.Chow). L'article [31] (1988) étend le
résultat aux champs de vecteurs périodiques du temps.
Dans [40] (1990, mon 2ème article le plus cité) avec
P.Coullet, nous donnons la liste des 10 bifurcations génériques possibles d'un pattern stationnaire périodique
dans une direction, solution d'un système invariant par
translation et réflection (comme dans de nombreux
problèmes d'instabilités hydrodynamiques). Nous donnons notamment la preuve
qu’une
bifurcation avec rupture de la symétrie de
réflection pour un pattern
périodique d'un tel système, peut produire une
onde progressive lente. Cet article reste une
référence pour de nombreuses évidences
expérimentales observées depuis sa parution.
Je me suis aussi, plus
spécialement, intéressé à la
résolution des bifurcations
de systèmes réversibles
(le champ de vecteurs anticommute avec une symétrie),
où il apparaît
que la forme normale est le plus souvent intégrable.
Ces
systèmes sont
très fréquents en Physique et en
Mécanique (voir le chapitre sur la théorie des vagues).
Mon travail
le plus cité est
[49] (1993) avec M.C.Pérouème sur la
résonance 1:1 où nous avons pu trouver
presqu'explicitement des solutions homoclines alors que
les spécialistes se bornaient jusqu'alors à chercher les
solutions périodiques. Ce résultat est maintenant
utilisé non seulement dans les tiges élastiques, mais
aussi dans les systèmes hamiltoniens, comme en optique non
linéaire.
Une série de cours faits à Stuttgart en 1990 a engendré le petit livre [M4] (1992), écrit avec M.Adelmeyer (Zurich) et réédité en 1999. Récemment, avec Mariana Haragus (Besançon), nous avons écrit un nouveau livre [M5] (344p., à paraître en 2010) qui contient toutes les démonstrations pour les variétés centrales et formes normales, et qui contient beaucoup d'exercices et problèmes (résolus) testés dans des cours de DEA à Nice, Bordeaux, Besançon,... Son originalité est de traiter spécifiquement les systèmes de dimension infinie, en donnant les conditions les plus accessibles pour permettre d'utiliser ces techniques, le calcul explicite des formes normales, et comment obtenir les différentes bifurcations, avec un chapitre particulier pour les bifurcations des systèmes réversibles.
Dans les articles [69] et [74] (2005) avec Eric Lombardi, nous étendons pour des champs de vecteurs analytiques assez généraux, la possibilité de trouver un reste exponentiellement petit, en optimisant le nombre de termes dans la forme normale. Ce type de résultat était seulement connu pour certains champs de vecteurs hamiltoniens. On utilise le même type de technique dans [83] (2009) pour obtenir des variétés centrales analytiques, à un terme exponentiellement petit près (ce qui permet de simplifier considérablement certaines démonstrations antérieures donnant des solutions avec des "queues" exponentiellement petites). On suggère également des applications en théorie des vibrations non linéaires de structures, où on peut maintenant justifier certaines techniques utilisées par les ingénieurs sous le vocable "modes normaux non linéaires".
Application des méthodes de réductions aux réseaux d'oscillateurs [61], [62], [73], [78]
L'article [61] (2000) avec K.Kirchgässner (Stuttgart) montre que l'on peut utiliser les méthodes de réductions (variété centrale et forme normale) pour l'étude locale des ondes progressives dans les réseaux discrets (infinis) de masses ou d’oscillateurs interagissant avec leur proches voisins (notamment Fermi-Pasta-Ulam, et Klein-Gordon) [61], [62] (2000). La difficulté est de montrer que la réduction à une variété centrale s'applique, malgré l'allure du spectre de l'opérateur linéarisé (commune à tous les réseaux de ce type). Nos résultats ont considérablement enrichi l'ensemble des solutions accessibles analytiquement. L’article de revue [73] (2005) avec G.James fait le point des résultats qui utilisent notre méthode, notamment pour la recherche des "travelling breathers".
Théorie des vagues
J'ai débuté en théorie des vagues vers 1990, influencé par K.Kirchgässner (Stuttgart) et Frédéric Dias, nouvellement arrivé dans mon labo. Mes derniers résultats sur le Clapotis et sur les vagues tridimensionnelles (symétriques ou non par rapport à la direction de propagation) sont dans 3 articles épais (environ 100p. chacun) comme c'est souvent le cas lorsqu'on résout des problèmes de petits diviseurs.
Application des méthodes de réduction aux vagues [46, 49, 63]
Ces articles
considèrent le problème des vagues (ondes progressives)
bi-dimensionnelles (problème datant de Stokes, il y a 150 ans).
On adapte la réduction à une variété
centrale, initiée par K.Kirchgässner sur les
systèmes elliptiques en domaine cylindrique (on
considère la coordonnée d’espace non
bornée comme un temps et on traite
le problème comme un problème
d’évolution, bien que le problème de
Cauchy soit mal posé),
et on y ajoute la réduction sous forme normale des
systèmes réversibles. Nous avons pu prouver [41] (1990)
et [49] (1993, cité plus haut) l'existence d'un nouveau type
d'onde solitaire, avec des oscillations amorties à l'infini, qui
a été une surprise pour les spécialistes, et qui
semble être observable dans des circonstances
particulières (cf. ref. dans [63]) . Dans [46] (1992) nous
complétons les résultats antérieurement connus, en
initiant notamment un important travail sur la bifurcation des ondes
solitaires généralisées, ayant une "queue"
exponentiellement petite à l'infini (cf. Lecture Notes in Maths
1741 d'E.Lombardi).
Mes
travaux dans ce domaine ont été reconnus
d’une part par un prix Max
Planck - von Humboldt en 1993 (avec K.Kirchgässner),
d’autre part par le
privilège (c’en est un pour un
mécanicien !) d’une invitation
à
faire une sectional lecture au
Congrès International des Mathématiciens de
Berlin en 1998
. L’ensemble des résultats obtenus dans cet
état d’esprit (même en vagues 3-dim), a fait
l’objet de l’article [63] (2003) de revue
écrit avec F.Dias (Cachan) pour le
Handbook of Mathematical Fluid Dynamics. Une version courte [C31] a été présentée à Berlin.
Bifurcations de vagues à partir d'un spectre continu [52, 59, 65, 66, 75]
Le
problème mathématique de la recherche des ondes
progressives est plus difficile lorsqu'une des couches de fluide est
d'épaisseur infinie. L'examen des échelles de longueur
montre que considérer l'épaisseur comme infinie est pertinent
dans la plupart des cas, si l'on souhaite un domaine de validité
non négligeable des résultats mathématiques. Une
fois formulé comme un système dynamique spatial, on
montre que le spectre de l'opérateur linéarisé
contient l'axe réel tout entier (spectre essentiel). Ceci
empêche l'usage de la réduction à une
variété centrale comme ci-dessus.
J’ai montré que cela ne perturbait
pas en général la recherche des ondes
progressives périodiques [59] (1999),
malgré la résonance due au spectre en 0 (on
retrouve ainsi le résultat
de Lyapounov - Devaney établi en dimension finie et en l’absence de
résonance)
(bien que mon résultat soit techniquement simple, il est
régulièrement
cité).
Nous avons dû construire une théorie de formes normales en présence d'un spectre essentiel réel.
Dans [52] (1996) avec P.Kirrmann (une couche de fluide
d'épaisseur infinie, avec tension de surface à la surface
libre), nous montrons l'existence d'ondes solitaires avec oscillations
amorties à l'infini, mais à décroissance
polynomiale, au lieu d'exponentielle comme en profondeur finie. Dans
[65] (92p.) et [66] (2002-03) avec E.Lombardi et S.Sun (Virginia Tech)
(deux couches superposées, dont une infinie, et tension de
surface à la surface libre), nous sommes en présence
d'un couplage entre une oscillation naturelle et une
décroissance polynomiale lente à l'infini. On montre
comment l'équation de Benjamin - Ono apparaît
naturellement ici, couplée avec un oscillateur, engendrant la
bifurcation d'ondes solitaires généralisées, avec
oscillations exponentiellement petites à l'infini. Noter qu'ici,
l'effet du spectre essentiel se situe à distance finie,
contrairement à [52]. La généralisation de
ces études, et l'établissement d'hypothèses
génériques, notamment sur la résolvante de
l'opérateur linéarisé au voisinage de 0, qui
conduisent à ce type de bifurcation est l'objet des travaux de
Matthieu Barrandon (thèse en 2004). Un article de revue [75]
(2005) écrit avec M.Barrandon fait le point des résultats
récents sur ce thème.
Ondes stationnaires de gravité: le Clapotis [60, 64, 68 (112p.), 71, 72, 80]
Le problème
très classique de
l’écoulement potentiel bidim périodique
en temps et coordonnée
horizontale,
d'une couche fluide de profondeur infinie, symétrique par
rapport à la
verticale, avec surface libre
et en l’absence de tension de surface, a intéressé
notamment Boussinesq (1877) et Rayleigh (1915). La difficulté
provient de l'infinité de résonances, et du fait que dans
la formulation, les termes non linéaires interviennent avec un
ordre de dérivation plus grand que pour les termes
linéaires. La note [80] (2007) écrite en l'honneur de
Boussinesq, replace son travail séminal dans le cadre actuel.
Dans [60] (1999) et [64] (2002) j'ai simplifié et
amélioré les résultats précédents de
Toland et Amick (1987) sur l'existence d'une série formelle en
puissances de l'amplitude, pour une onde stationnaire, en satisfaisant
l'infinité de conditions de compatibilité. De plus, j'ai
donné une infinité de solutions différentes,
multi-modales à l'ordre principal. Dans [68, 112p.] (2005),
complété par [71] et [72], avec P.Plotnikov (Novosibirsk)
et J.Toland (Bath), nous arrivons à montrer
l'existence des solutions stationnaires unimodale et multimodales, pour
des valeurs de l'amplitude dans un ensemble asymptotiquement de
mesure pleine à l'origine. Ce travail technique
résout, d'une part la difficulté de la
dégénérescence complète (noyau de
l'opérateur linéarisé de dimension infinie),
d'autre part la perte de régularité des termes non
linéaires, nécessitant l'application du
théorème des fonctions implicites de Nash-Moser. Il faut
alors choisir des coordonnées et des variables convenables afin
de pouvoir inverser en tout point voisin de 0, la différentielle
qui apparaît sous la forme d'une équation hyperbolique non
locale en espace, à coefficients périodiques, faisant
intervenir un problème de petits diviseurs.
Vagues de gravité tri-dimensionnelles [79, 128p.], [84], [85, 87p.]
Vagues
3-dimensionnelles symétriques (ondes à courtes crêtes).
Avec P.Plotnikov [79], nous avons considéré les ondes
progressives
bi-périodiques à la surface (libre)
d’une couche (infiniment profonde)
de fluide parfait en écoulement potentiel, soumise
à la seule gravité,
qui résultent de l’interaction non
linéaire de deux ondes
planes périodiques faisant un angle 2ø entre leurs
vecteurs d’onde.
L’équation de dispersion donne les valeurs
critiques µ
=
cosø du
paramètre sans dimension µ (dépend de la longueur
d'onde le long de la direction de propagation, et de la vitesse de la
vague). Pour les cas
non-résonants, on construit
formellement une famille d’ondes tri-dimensionnelles, sous la
forme de
développements en puissances des amplitudes des deux ondes
incidentes.
Les ondes symétriques par rapport à la direction
de propagation (dites
"à courtes crètes") sont un cas particulier
où les deux amplitudes sont
égales. L’objet principal de l'article [79, 128p.]
(2009)publié au Memoirs of AMS comme un petit livre, a
été de montrer l’existence de ces solutions
symétriques,
dont le développement mentionné plus haut
constitue le développement
asymptotique. La présence de petits diviseurs
induit la
nécessité de
savoir inverser l’opérateur
linéarisé en tout point au voisinage de 0,
afin d’appliquer le théorème de
Nash-Moser. L’opérateur ainsi obtenu
est la somme d’un opérateur de
dérivation du second ordre dans la direction de la projection
horizontale de la vitesse des particules de fluide, et d’un
opérateur
pseudo-différentiel du premier
ordre, tous les deux dépendant périodiquement des
coordonnées
horizontales. L’inversion d’un tel
opérateur est ici la difficulté
principale. Les obstacles sont nombreux, notamment la recherche
d’un
difféomorphisme du tore qui rend constant les principaux
coefficients
de l’opérateur précédent, le
contrôle des petits diviseurs qui
nécessite de préciser un résultat
d’H.Weyl, et l’implémentation
d’une
méthode de descente assez générale qui
permet de ramener l’inversion de
l’opérateur linéaire à
l’inversion d’un opérateur de Fredholm.
On
montre alors que, pour presque tout angle ø, les ondes
tri-dimensionnelles bifurquent pour des "bonnes" valeurs de µ
dans un ensemble asymptotiquement de mesure pleine au voisinage de la courbe µ
= cosø du
plan des paramètres.
L'infinie régularité de ces solutions périodiques
est maintenant démontrée par T.Alazard et
G.Métivier, grace à l'utilisation de la technique du
calcul paradifférentiel.
Vagues
3-dimensionnelles asymétriques. Avec P.Plotnikov [84] [85, 87p.] (preprint
2009), nous prolongeons le résultat précédent au
cas des vagues périodiques pour lesquelles le réseau des
longueurs d'ondes est non symétrique par rapport à la
direction critique de propagation donnée par l'équation
de dispersion (la direction de propagation est une des inconnues du
problème). On doit, encore ici, trouver un
difféomorphisme du tore avec la même
propriété que dans le cas précédent pour la
différentielle au voisinage de 0, mais avec la difficulté
supplémentaire d'avoir à prendre pour le champ des
projections horizontales de la vitesse des particules, un nombre de rotation vérifiant une condition diophantienne
(d'irrationalité) (alors que ce nombre vaut 1 dans le cas
symétrique précédent). Ce difféomorphisme
fait alors partie intégrante des inconnues du problème,
ainsi que le nombre de rotation, afin d'éviter d'avoir à
utiliser une infinité de fois le théorème de
Nash-Moser. Nous obtenons alors un résultat similaire au cas
symétrique, ici avec les deux amplitudes le long des ondes de
bases, ou de façon équivalente, en termes du paramètre µ et de la direction de propagation, appartenant à un sous ensemble de mesure asymptotiquement pleine au point de bifurcation, ceci pour presque tout (au sens de Lebesque) choix d'angles faits pas les deux vecteurs d'onde de base avec l'axe des x.
Une conséquence, intéressante au niveau expérimental, est que l'on montre pour les solutions précédentes, que dans le référentiel qui est lié aux vagues, la direction moyenne prise par la projection horizontale des trajectoires des particules de fluide à la surface libre, diffère de la direction de propagation des vagues. Il s'agit d'une "dérive directionnelle de Stokes", par analogie au phénomène connu pour les vagues bidimensionnelles, où la vitesse moyenne horizontale des particules est non nulle.